LE MONDE N'EST PAS ROND

Artistic webzine on migration, borders, human rights

Rêves en dérive

À l’occasion du Festival des migrations, des cultures et de la citoyenneté (Luxembourg, 14-16 mars), le poète Antoine Cassar, co-éditeur du journal artistique Le monde n’est pas rond, a interviewé Sandie Richard, membre du collectif Keen ass illegal / Personne n’est illégal, au sujet de l’œuvre Rêves en dérive, mosaïque collective de solidarité et de partage.

Mosaique 2

Antoine. Le collectif Keen ass illegal fera partie de la 31ème édition du Festival des migrations, des cultures et de la citoyenneté. Pourriez-vous expliquer la raison de votre présence à ce Festival ?

Sandie. Keen ass illegal – Campagne contre le centre fermé est un collectif de citoyens qui s’est formé en juin 2011, quelques mois avant l’ouverture du premier centre de rétention pour étrangers au Luxembourg. Notre objectif à l’époque était d’exprimer notre désaccord envers les pratiques d’enfermement et d’exclusion menées à l’encontre des migrants au Luxembourg, mais aussi dans le reste de l’Europe. Nous déplorons la tendance actuelle qui consiste à attribuer certains droits aux personnes en fonction de leur appartenance à un territoire. Nous aimons à nous représenter les frontières non comme des lieux de séparation, mais comme des lieux de rencontre. Le Festival des migrations est l’occasion de célébrer la diversité des cultures et de favoriser les rencontres de personnes issues d’horizons forts variés, c’est pourquoi nous tenons à y participer. Notre collectif considère les différentes communautés qui coexistent au Luxembourg comme une source inépuisable d’échanges et de richesse.

A. Dans le cadre de ce festival, vous souhaitez présenter au public une œuvre collective intitulée «Rêves en dérive». Pourriez-vous nous en dire davantage à ce propos ?

S. Rêves en dérive est une œuvre chorale élaborée en solidarité avec les immigrés. Composée par des migrants et des non migrants ayant pour trait commun leur condition de voyageur et leur appartenance à l’humanité, cette mosaïque propose au spectateur de se plonger dans les rêves de ceux qui ont accepté de les partager. Ainsi, utilisant des carreaux de la mosaïque comme support, les participants ont tous souhaités symboliser les mots, la personne ou l’image qui les ont accompagnés sur le chemin de leurs rêves. Cette œuvre collective renvoie chacun d’entre nous à une réflexion sur sa propre histoire et sur les lueurs d’espoir qui ont jalonné nos trajectoires de vie. Elle se veut le témoignage de la singularité de chaque parcours, mais aussi de l’unité profonde de nos vies humaines entremêlées.

This slideshow requires JavaScript.

A. Cette mosaïque n’est-elle pas une façon de rendre visible les convergences entre les êtres, quels que soient leur pays d’origine ou les espaces qu’ils ont traversé ?

S. Oui tout à fait. On ne peut pas être migrant tout comme on ne peut naître migrant. Migrer est un acte naturel, transitoire, qui désigne le fait de se déplacer, d’être en mouvement. Ce mouvement perpétuel peut être comparé au fleuve de la vie qui ne cesse inéluctablement de couler, pour chacun d’entre nous, quels que soient les obstacles que nous rencontrons. Pour de nombreuses personnes que l’on qualifie de « migrants », les obstacles sont nombreux et quasi insurmontables. Ce sont parfois des barrières naturelles telles que l’océan ou le désert qui se dressent devant eux et les poussent à mettre leur vie en danger. Mais il existe aussi des barrières construites par l’Homme qui, à travers Frontex, les procédures d’expulsion et les centres de rétention, essaie de bloquer le trajet des « migrants ». Pourtant, s’il arrive que pour certains l’aventure se termine de façon tragique, d’autres se mettent en marche sans jamais renoncer à poursuivre leur but. Car dès le début de leur périple, ils portent en eux le désir de jours meilleurs. Ils nourrissent des rêves d’espoir pour eux-mêmes, leur famille ou leurs proches. Ils décident donc de partir explorer le monde pour incarner ce rêve de vie tout comme nous souhaitons aussi pouvoir un jour réaliser nos rêves. Notre condition de voyageur est notre identité commune…

A. Pour quelle raison avez-vous choisi d’intituler votre œuvre « Rêves en dérive » ?

S. Rêves en dérive est une mosaïque qui représente le parcours des rêves le long du fleuve de la vie. Sur le chemin de nos rêves, nous avons fait de nombreuses rencontres. Certaines, bien réelles, se sont incarnées dans des personnes qui nous ont inspirées. D’autres appartiennent à notre passé et nous ont guidées à travers des signes qui nous ont profondément interpellés. D’autres enfin ont eu la grâce de nous offrir leur présence fugace, tel un paysage familier, un sourire d’enfant ou des mots dans un livre… Toutes ces rencontres, aussi brèves soient elles, portaient en elle la promesse de jours nouveaux. Elles nous ont donné la force de continuer à croire en nos rêves même dans les pires moments de doute. Que nous soyons migrants ou non migrants, nous portons tous en nous cet espoir profond de renouveau. Rêves en dérive est une œuvre solidaire résolument tournée vers l’espoir d’un monde plus fraternel envers les migrants. En dépit des efforts inhumains et cruels déployés par ceux qui souhaitent mettre fin au périple de ces hommes et de ces femmes, le fleuve de la vie continue à couler dans les veines des migrants, tout comme il coule dans le nôtre. Ce mouvement perpétuel ne peut être interrompu, quels que soient les moyens humains ou matériels utilisés.

mosaique grande


Sandie Richard est activiste pour les droits des migrants et assistante sociale, membre active de Personne n’est illégal – Luxembourg ainsi que de l’équipe éditoriale de Le monde n’est pas rond.

 

Reply / Répondre

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: